De l’hyperconnexion à la broderie sur papier.

Je travaille à la frontière du papier et de la broderie.

Ma pratique est née en 2023 d’un besoin de ralentir, de faire un pas de côté et de retrouver une forme de présence dans le geste. Après près de vingt ans dans l’univers des technologies et des startups, j’ai découvert dans le travail textile un territoire radicalement différent : celui de la lenteur, de la répétition et de l’attention portée à ce qui se joue dans les détails.

Je crée des oeuvres sobres, tamponnées ou encrées, que je transforme ensuite par des interventions brodées au fil et à l’aiguille. Le travail de l’estampe ou de l’encre constitue un premier langage ; le fil vient le prolonger, le déplacer ou parfois le faire disparaître. Ce dialogue entre l’empreinte et le geste introduit dans l’œuvre une autre temporalité : celle du point après point, de la répétition, de la concentration.

Le papier, fragile et vulnérable, devient alors un matériau à part entière. Chaque perforation est irréversible. Chaque tension du fil agit sur sa surface. La broderie ne vient pas simplement orner l’image : elle la transforme physiquement et fait apparaître une tension entre fragilité et résistance, contrôle et accident, visible et invisible.

Cette question de l’invisible occupe une place croissante dans ma recherche. Ce qui ne se voit pas immédiatement, ce qui affleure sans se révéler complètement, ce qui se construit dans le temps et dans le geste. J’aime l’idée qu’une œuvre puisse être à la fois très silencieuse et chargée de ce qui l’a précédée : les gestes répétés, les hésitations, les tensions du matériau, le temps nécessaire pour la faire naître.

Mon vocabulaire formel est volontairement réduit. Je travaille des formes organiques et géométriques aux contours doux, dans une esthétique minimaliste où chaque ligne, chaque vide et chaque point compte. Mon regard est nourri autant par l’héritage du Bauhaus et de l’art concret que par la création graphique contemporaine.

Je cherche moins à représenter qu’à faire ressentir : une tension, un mouvement, une présence. À travers des compositions épurées et des gestes précis, je construis des œuvres qui invitent à ralentir le regard autant que leur fabrication m’impose de ralentir le geste.

Mathilde le Rouzic