"La rancune est un boulot qui exige de la constance, de la mémoire et de la concentration. La vraie bonne rancune marine dans son jus, les mâchoires serrées, bien crispée. Elle ne souffre aucun laisser-aller et doit être entretenue sans répit - on n'est pas rancunière à mi-temps. Personnellement, je ne tiens pas la distance. J'ai la flemme et je suis distraite."

Ceci n'est pas de moi, mais j'aurais bien aimé. C'est Marie-Ange Guillaume qui l'écrit dans L'odeur de l'homme et c'est mon livre de chevet actuel. Ce n'est pas tout neuf, ça date de 2005, mais c'est agréable et souvent (pas toujours) sans conséquence, on rit, on sourit. Ce sont 32 chroniques publiées dans Cosmo entre 1999 et 2004. Le style s'en ressent. Dialoguiste pour la version animée d'Agrippine d'après Bretécher, c'est caustique. Daniel Pennac en fait la préface et moi j'étais fan des Malaussène...

Qui dit chronique, dit regard sur le monde, et je l'aime bien ce regard-là. Un peu de biais, s'amusant de nos travers et de nos petites habitudes. Elle parle aussi bien des chats ("(...) vous n'irez jamais faire croire à un chat que le travail est un facteur d'épanouissement"), de Dieu ("Evidemment, c'est dommage que Dieu n'existe pas. Ca servirait bien, surtout pour la mort"), s'étend sur les vertus de l'insulte ("En revanche, on peut insulter un chien ou un objet inanimé sans s'attirer de représailles. C'est lâche mais ça fait du bien.") et les vices de l'acrobatie amoureuse ("Les ébats trop compliqués me barbent. Forniquer dans les ascenseurs, voitures et autres lave-vaisselle, me rebute."). J'aime, comme on dit sur Facebook. Tiens, d'ailleurs je vais le rajouter à mon profil