Et vous savez ce qu'il me fait ? Il s'achète un bar à Paris ! L'Assassin, il l'appelle, en plus, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie. Franchement, comment je vais faire ? Qui va se moquer de moi parce qu'on est obligés de s'arrêter sur toutes les portes du périph ? Qu'est-ce que je vais devenir sans camarade de comptoir à la tabatière ? Sans parler de perdre au Loto, toute seule ça n'aura pas la même saveur...

Alors ça fait deux jours que j'imagine des subterfuges pour qu'il ne signe pas chez le notaire, lundi prochain. J'ai tout envisagé : l'apitoyer, les pleurs et les cris, l'attacher dans ma cave et lui donner un bol de riz par jour, lui crever ses pneux lundi matin... Mais le connaissant, je sais bien que tout ça ne ferait que retarder le moment où il en prendra possession, des lieux.

Finalement, Hadrien, je crois bien que la seule solution, c'est qu'on aille se prendre un dernier café au comptoir, servi par Maria. Et qu'on gagne, cette fois-ci, au Loto. Comme ça, on pourra te l'acheter ton rêve totalitaire du château et du nouveau Clochemerle. J'écouterai même Nostalgie avec toi, si tu veux. Mais pas plus d'une heure par jour...



Blossom's blues - Blossom Dearie