par Hadrien - dans La chronique d'Hadrien

J'aime bien mon petit coin de quartier Versaillais. Je peux passer une éternité dans mon petit tronçon de rue. C'est un peu comme la rue Gamma, dans la pub pour la lessive du même nom (pour ceux qui avaient une télé en 1982). Dans un rayon de 30 mètres, j'ai un coiffeur (jean-claude), un cordonnier, une boulangerie, une épicerie ouverte tard et les week-ends, un boucher, un coiffeur, le plus beau bar-tabac du monde (la Tabatière), et d'autres commerces qui ne me servent pas à grand chose (magasin de fringues pour vieilles, trucs de décos bourgeois moches, clinique vétérinaire,...). J'aime bien le fait de vivre dans cette petite bulle où le commerce de proximité est préservé.

La Boulangerie a récemment changé de propriétaire. L'ancienne boulangère était dépressive et leur pain était dégueu. J'y allais quand même, par flemme d'aller à une boulangerie plus lointaine (mais meilleure). La nouvelle boulangère est très sympatique. Un ami très branché parisien dit d'elle qu'elle a un côté "provincial rafraichissant". Ca sonne méprisant, mais ça ne l'est pas. En plus, le pain est bon, et les gateaux aussi. Un en particulier: le divorcé. Pour ceux qui ne sont pas familiers du "divorcé", il s'agit de deux très gros choux fourrés à la crème patissière et recouverts de glaçage, l'un au café, l'autre au chocolat. Un peu comme des bases de religieuses. Les deux choux sont ensuite soudés ensemble par de la crème au beurre. C'est très bon, très gras et très sucré. Je vais en acheter un de temps en temps, pas par gourmandise, par solidarité avec le petit commerce. Cet après-midi, j'ai ressenti le besoin de soutenir ma boulangère. En arrivant devant la vitrine des gateaux, quelle ne fut pas ma surprise de voir mon gateau rebaptisé "le Duo". J'ai donc demandé à la boulangère pourquoi le nom avait changé. Il s'avère que la clientèle Versaillaise bien-pensante n'approuve pas le nom "divorcé". Je ne vois pas en quoi le fait d'en manger un implique qu'on milite pour la destruction de la cellule familiale judéo-chrétienne, mais bon, le mal est fait. Le "divorcé" est la nouvelle victime du politiquement correct appliqué à la patisserie. La précédente étant la très regretée "tête de nègre" que certains irréductibles ont tenté de vendre sous le ridicule nom de "meringue au paillettes de chocolat", mais qui tend à disparaître. C'est con quand même, j'aimais bien la tête de nègre. Est-ce que ça fait de moi un raciste?