Ce matin, je suis allé chez mon ami antiquaire, Sinisha, pour acheter la fameuse boule rouge qui sert à rien, pour un ami. C'est pas pour chez lui (raccroche ton téléphone, Mathilde, inutile de déranger ton avocat), c'est pour décorer ses bureaux. Dans le week-end, le prix avait été modifié. Il est passé de 2€ à un café au comptoir de la Tabatière (1€10 pour un Lavazza c'est une affaire, avec en prime les décolletés extravagants de la patronne). Patrick m'avait donné 2€, je pense que je vais garder la monnaie (pour me rembourser du pot de Nutella, souvenez-vous). Y'avait personne ce matin à la Tabatière et le patron, Daniel, râlait, comme tous les patrons de bistrots déserts. Daniel a repris la Tabatière il y a deux ans et des poussières. Avant c'était Gérard. Gérard et Simone. Daniel m'a dit ce matin qu'il avait récupéré seulement deux clients sur dix de la clientèle de Gérard. Sinisha lui a dit: "oui: Hadrien et moi, ça fait deux!". Daniel nous regarde et nous crache: "vous avec vos deux cafés, vous êtes pas vraiment des bons clients". Je lui demande alors ce qu'est un bon client. Un bon client, explique-t-il, c'est celui qui boit trois verres de blanc avant 8h30 et qui revient dès 16 heures pour s'enfiler 4 ou 5 bières! Je suis pas sûr d'avoir envie de devenir un bon client. Ce midi il y avait de la tête de veau au menu de la Tabatière. J'en ai jamais mangé, ça me tente pas vraiment, mais je suis content de voir que des troquets courageux maintiennent ce genre de traditions. J'espère que Daniel trouvera sa clientèle. La Tabatière c'est le dernier bistrot à cette extrémité de la rue. La désertification gagne rapidement. En face de la Tabatière, il y a cinq ans, un super petit bar des années 60, en formica jaune et bleu, a été transformé en clinique vétérinaire. Pour la vie de quartier, y a mieux!

J'aime pas le plan "c'était mieux avant" mais avant y'avait plus de bistrots, c'était mieux

PS. Je sais, un pot famillial de Nutella coûte bien plus de 90c, mais c'est un accompte.